L’ECOLE UN MILIEU CRUCIAL
Sentir
que
l'on fait partie intégrante d'un groupe ou que l'on a une niche sociale,
cela constitue un besoin inné chez l'enfant comme chez l'adulte.
L'école,
davantage qu'une institution d'enseignement, doit être un milieu où il
fait bon vivre. Vous
souvenez-vous de vos années à l'école primaire ? Si oui, il y a fort à
parier que vos souvenirs sont surtout d'ordre social ou relationnel. En
effet, tous
les adultes à qui j'ai posé cette question m'ont répondu qu'ils se
souvenaient
de tel ou tel camarade ou d'événements importants comme les spectacles
de fin
d'année. Rares sont ceux qui se souvenaient des contenus précis des
programmes scolaires. Les bons moments,
ceux qui sont nourris par des échanges humains remplis de chaleur, ont
plus
tendance à se conserver que les apprentissages purement didactiques.
Le sentiment d'appartenance
Le
sentiment
d'appartenance à l'école contribue à prévenir l'abandon scolaire. Mais
c'est
aussi un besoin très important. Ainsi, un enfant de 9 ans va protester
avec
véhémence si on lui annonce soudainement qu'il va déménager et changer
de quartier. Car il ne veut pas changer d'école ni perdre ses amis ! Les
enfants sont souvent plus conservateurs et attachés à leur milieu social
que
les adultes. Et ce phénomène est encore plus fort chez les adolescents.
Le
sentiment d'appartenance à un milieu est intimement lié au développement
de la
socialisation. Au fur et à mesure que le jeune grandit, les camarades et
les
amis prennent de plus en plus d'importance dans sa vie et cela, au
détriment
des parents. Tout individu est d'abord et avant tout un être social.
Appartenir
à un groupe, en faire partie intégrante est un besoin inné. Ce sentiment
d'appartenance
se développe grâce à plusieurs relations d'attachement et de complicité
qui
s'établissent d'abord avec les parents et la famille, puis avec les
compagnons
et les autres adultes. À partir de 7 ans, la bande d'amis constitue le
réseau
relationnel dans lequel l'enfant s'implique davantage. La gang devient
l'antidote au sentiment de solitude sociale. Cette solitude revêt une
grande
importance de nos jours. En effet, malgré tous les moyens de
communication qui
existent, de nombreux spécialistes constatent que les jeunes souffrent
davantage
de solitude qu'auparavant. On peut se sentir seul quand on ne se sent
pas
important aux yeux des autres ou quand les autres ont peu d'importance
pour
nous. L'école est un instrument privilégié pour favoriser le
développement de
la socialisation chez les enfants et pour que se forme un sentiment
d'appartenance à un milieu. Cette mission de l'école est aussi
importante que
celle qui consiste à transmettre des connaissances.
L'école, c'est aussi ma famille et je m'y réalise~.
Toute école
doit refléter les valeurs, les habitudes et les normes de la population qu'elle
dessert tout en assumant sa vocation éducative. L'élaboration de son projet éducatif
se fait autour des valeurs que partagent le personnel scolaire et les parents.
De cette façon, l'école reste en harmonie avec la communauté dont elle fait
partie au même titre que les autres organismes et institutions. C'est à ces
conditions que les enfants et leurs parents peuvent se reconnaître en elle et
s'y sentir bien. Certaines
écoles réussissent facilement à créer un climat où il fait bon vivre. À preuve,
les vives protestations des parents et de la population du quartier ou du
village quand on parle de fermer «leur» école. C'est comme si on leur arrachait
quelque chose d'essentiel à leur réseau social.
Des indices révélateurs
Essayons de
voir comment se manifeste le sentiment d'appartenance de l'élève à son école ou
quels sont les indices révélateurs de cette appartenance. Le premier indice est
un sentiment de bien-être et de détente de l'élève à l'école. L'enfant a hâte
d'y aller et, en général, ce n'est pas pour les cours, mais pour ses camarades
et pour les adultes qui sont là et qu'il aime. Il sent qu'il fait partie d'un
groupe qui ne vaut pas tant par son nombre que par la fréquence et la qualité
des relations de complicité qui se vivent. L'élève ressent également de la
fierté à l'égard de son école. Il en parle souvent et il en vante les mérites.
Gare à celui qui ose dénigrer son école ! De plus, il se sent responsable et utile. Il a la conviction qu'il joue un rôle
important au sein du groupe par ses attitudes et que sa contribution
personnelle n'est pas négligeable. Ce sentiment augmente son estime de soi. Il
se sent solidaire des autres et il est prêt à épauler ses compagnons lorsque le
groupe fait face à une difficulté. Il participe activement aux activités, aux
projets et aux décisions de son groupe d'amis et cela le valorise. Enfin, il
respecte l'ameublement et le matériel qui sont mis à la disposition de
l'ensemble du groupe.
Dix façons de pousser les gens à
favoriser l’école
J'ai observé
que certaines écoles avaient su créer un bon sentiment d'appartenance chez les
élèves et les parents.
Voici les 10 grands principes sur
lesquels ces écoles se sont appuyées pour réussir à établir un sentiment
d'appartenance ou les 10 façons de favoriser ce sentiment :
1.
La direction
de l'école doit exercer un leadership réellement démocratique, non seulement
avec les enseignants, mais aussi avec les élèves et les parents.
2.
Plus la
population d'élèves est difficile et hétérogène, plus il est important que la
direction et les professeurs forment une équipe solide et cohérente. On ne peut
pas transmettre aux autres ce qu'on ne vit pas soi-même.
3.
Les
intervenants scolaires doivent bien comprendre la dynamique du quartier et,
surtout, ce que les élèves vivent en dehors de l'école.
4.
Dans cette
perspective, ils doivent avoir des échanges réguliers avec les organismes et
les institutions du quartier, avec les intervenants communautaires, les
autorités civiles et religieuses, etc. Il est important qu'ils connaissent
l'histoire et les caractéristiques démographiques du quartier.
5.
L'école doit
élaborer un projet éducatif et l'appliquer en harmonie avec les valeurs et
attentes exprimées par les enseignants et les parents.
6.
Ce projet
éducatif doit être un processus dynamique, souple et ouvert. Il est important
qu'il y ait des échanges réguliers entre les enseignants et les parents pour
réajuster et améliorer ce projet. D'une année à l'autre, les parents et les
élèves doivent se reconnaître facilement dans le projet éducatif.
7.
Il est
essentiel que les parents et les élèves soient accueillis chaleureusement à
l'école. Les enseignants sont aimés d'abord pour ce qu'ils sont sur le plan
humain avant d'être appréciés comme professionnels.
8.
On ne peut
songer à créer un sentiment d'appartenance à l'école si on n'élabore pas de
projets collectifs concrets qui favorisent la participation active de tout le
monde. Cela peut prendre la forme d'un gala, d'une pièce de théâtre, d'une
campagne d'aide à un pays défavorisé, d'une exposition, etc. La conception et
la planification du projet doivent être réalisées après consultation avec
l'ensemble des participants.
9.
L'école doit
offrir une diversité d'activités parascolaires et d'activités de loisir dont
les enfants peuvent profiter. Ainsi, elle ne sera plus perçue uniquement comme
une institution d'enseignement, mais plutôt comme un milieu de vie et un
prolongement de la famille.
10. Il est important que les parents
sentent que l'équipe-école a leur bien-être et celui de leurs enfants à cœur,
et qu'elle a au moins autant de complicité avec eux qu'avec les administrateurs
de la commission scolaire.
Enfin,
soulignons que le fait de créer un sentiment d'appartenance à l'école suppose
aussi qu'on accepte les différences, dont celle que représentent les enfants et
les parents d'ethnies diverses. L'école doit être ouverte à la diversité des
richesses de l'humanité.